Le BDP

 

Le parti pour la paix et la démocratie représente la quatrième force politique en Turquie. Notre parti est majoritaire dans la région du Kurdistan. Nous avons un groupe parlementaires est composé de 34 députés au sein de la Grande Assemblée nationale de Turquie.

Nous avons remporté lors  des dernières élections la majorité des mairies et provinces dans le Kurdistan, appelé jusqu’à présent régions de l’Est et du Sud-Est de l’Anatolie par l’État turc.

Notre parti est membre de L’internationale Socialiste et membre associé de PES (Parti socialiste Européen.)

Notre parti est dirigé par un système de co-présidence que nous appliquons dans toutes les secteurs d’activités politiques quotidiennes. Les deux co-présidents actuels sont la députée mairesse Gulten Kisanak et le député Selahattin Demirtas.

Le programme du BDP s’appuie sur le concept d’« Autonomie Démocratique », et a été présenté à la fin de l’année 2010, conjointement avec le DTK.

L’autonomie démocratique a pour but d’organiser la société kurde à travers huit dimensions fondamentales : politique, juridique, autodéfense, sociale, économique, culturelle, écologique et diplomatique, afin de permettre de générer la volonté politique nécessaire à la création d’un Kurdistan autonome et démocratique.
A travers le monde, les différents États décentralisent déjà, progressivement, leurs systèmes politiques ; il est, en effet, plus simple de résoudre les divers problèmes rencontrés par la société au sein d’un système décentralisé.
Rejetant le concept dépassé de l’État-nation, qui ne satisfait aucunement les besoins des peuples de Turquie et représente un obstacle à leur développement politique, social, économique et culturel, l’autonomie démocratique implique donc que l’État délègue son autorité aux institutions locales. Ce projet représente ainsi l’extension au Kurdistan du projet de démocratisation de la République de Turquie.
L’administration par l’autonomie démocratique est l’expression de la volonté du peuple du nord du Kurdistan ; celle-ci permettra la création de relations constructives avec les organisations confédérales et démocratiques du Kurdistan, sans pour autant modifier les frontières des pays dans lesquels vivent les Kurdes. Ce point de départ permettra de rendre opérationnel le confédéralisme démocratique entre les différentes parties du Kurdistan, et la vie commune avec les divers États-nations se révèlera également possible.
Le modèle d’autonomie démocratique vise donc à la résolution de la question nationale sur la base de compromis de principe avec toutes les forces politiques n’ayant pas un caractère fasciste. Ce faisant, l’autonomie démocratique permettra, ainsi, non seulement la résolution de la question kurde, mais également celle des autres problèmes de la région. Il
s’agit donc d’un modèle global d’administration et de résolution des conflits.
En plus de proposer un nouveau modèle de société, le BDP a, par ailleurs, mis en avant quatre revendications prioritaires pour la résolution de la question kurde.

Ces revendications sont les suivantes :

1- La garantie constitutionnelle du droit à l’enseignement dans la langue maternelle et du droit d’utiliser la langue maternelle dans les structures administratives;
2- L’arrêt immédiat des opérations militaires et politiques;
3- La suppression du seuil électoral de 10%, celui-ci ayant pour effet de limiter considérablement la représentation du peuple kurde au sein de l’Assemblée nationale;
4- La libération des prisonniers politiques.

Ces quatre revendications s’accompagnent d’une série de dix demandes principales:

1. L’élaboration d’une constitution démocratique qui reconnaisse l’identité kurde ;
2. La mise en place d’une politique de décentralisation locale destinée à augmenter les pouvoirs des collectivités locales en Turquie ;
3. La reconnaissance du droit légitime du peuple kurde à l’auto-gouvernance ;
4. La levée de toutes les interdictions pesant sur la culture kurde et la pleine garantie des libertés d’association, d’expression et de la presse ;
5. Le retrait des unités spéciales des forces de sécurité déployées au Kurdistan ; la suppression du système des « gardiens de village » ; l’octroi aux Kurdes du droit d’assurer eux-mêmes leur défense interne ;
6. La libération de tous les détenus et prisonniers politiques, dont le leader du peuple kurde, Abdullah Ocalan ;
7. La garantie constitutionnelle des droits et libertés des communautés ethniques et religieuses ;
8. La mise en place d’une Commission Justice et Vérité pour enquêter sur les crimes commis durant la guerre au cours des trente dernières années, et juger les responsables le cas échéant ;
9. L’adoption de toutes les mesures nécessaires pour la reconstruction des villages détruits par l’armée et le retour des personnes déplacées ; la réparation des dommages subis par les personnes déplacées ;
10. L’arrêt des politiques discriminatoires afin de surmonter le déséquilibre économique, la précarité et le chômage ; l’octroi de la priorité au Kurdistan pour les investissements.

Avec ce programme, le BDP est donc le seul parti en Turquie à promouvoir une approche véritablement progressiste de toutes les questions de la société, y compris la question kurde. Le modèle de société qu’il propose, intitulé autonomie démocratique, permettra la mise en place d’un confédéralisme démocratique au Kurdistan et la démocratisation des Etats-nations de la région, à commencer par la Turquie. Sur le plan pratique, les quatre revendications prioritaires et les dix demandes principales formulées par le BDP doivent contribuer à instaurer un climat sain et démocratique, propice à la réalisation de ce projet.

 

Histoire des partis politiques kurdes en Turquie:

Le parti du travail du peuple HEP :

En octobre 1989, 7 députés du SHP (parti populaire socio-démocrate) participent à une conférence intitulée « L’identité nationale kurde et les droits de l’homme » à Paris.
De retour de cette conférence, les députés sont expulsés du parti, le 16 novembre 1989, par les instances du SHP. Cette situation a poussé les députés démocrates et quelques députés kurdes au sein du SHP à démissionner et à former un nouveau parti, le 07 juin 1990, qu’ils nommeront le HEP. Un an plus tard, ce même parti forme une coalition électorale avec le SHP et obtient 18 députés à l’assemblée nationale de Turquie.

Le corps constitutionnel interdit à l’unanimité le HEP le 14 juillet 1993.
La création du HEP était d’une grande importance car c’était le premier parti qui demandait ouvertement la reconnaissance de l’identité kurde et la résolution par le dialogue du conflit armé entre le PKK et l’armée turque.
Or la constitution de 1982 interdisait toute référence aux mots kurde et Kurdistan, et par là-même toutes les demandes de libertés qui pouvaient être alignées à la cause kurde.

Le parti de la démocratie DEP :

Après l’interdiction du HEP, les députés kurdes ont créé le DEP, le 7 mai 1993, mais ce parti a connu le même sort que le HEP.
Le 2 mars 1994, deux députés appartenant au DEP, Orhan Dogan et Hatip Dicle, ont été arrêtés à la sortie de l’assemblée nationale malgré leur immunité parlementaire (le même jour à l’assemblée nationale de la Turquie, les députés turcs ont voté à l’unanimité une décision qui enlevait l’immunité parlementaire de Orhan Dogan, de Hatip Dicle, Leyla Zana, Ahmet Türk, Sirri Sakik et Mahmut Alinak qui était député indépendant). La cour de sûreté de l’Etat d’Ankara a tout de suite donné l’ordre de les interroger.
Les députés ont été placés en détention le 17 mars à la prison d’Ankara, et le 16 juin 1994, le tribunal constitutionnel décide d’interdire le DEP et d’enlever l’immunité parlementaire de 13 députés de ce parti, parmi lesquels 5 se trouvaient déjà en prison. Le 1 juillet 1994, le député Selim Sadak a aussi été arrêté. Le 3 août 1994, le procès commence et le 8 décembre 1994, le tribunal rend son verdict, les députés Hatip Dicle, Leyla Zana, Orhan Dogan et Selim Sadak ont été condamnés à 15 ans de prison. Il y a eu appel, mais l’appel a confirmé la peine prononcée par le tribunal. Les députés Remzi Kartal, Zübeyir Aydar, Nizamettin Toguç ont pu échapper à l’arrestation et ont du s’exiler dans les états européens où ils ont été reconnus comme réfugiés politiques. Par la suite ils ont créé aussi une association de solidarité avec le DEP à Bruxelles.

De 1991 à 1994, il y a eu plus de 50 membres de partis politiques kurdes qui ont été assassinés, parmi lesquels se trouvait le député de Mardin Mehmet Sincar alors qu’il enquêtait sur les assassinats à « auteurs inconnus », tué le 4 septembre 1993.
Le DEP demandait une solution démocratique et pacifique à la question kurde, il demandait l’abolition de la loi anti-terroriste et des protecteurs de villages, et il demandait une garantie constitutionnelle pour les droits culturels et politiques des kurdes.

Le Parti démocratique du peuple HADEP :

Le 11 mai 1994, quelques anciens députés du DEP ont créé le HADEP, sous la présidence de Murat Bozlak.
Le 2 juin de la même année, Muhsim Melik, l’un de ses fondateurs, est assassiné à Riha (Urfa).
Murat Bozlak participe en 1995 aux élections législatives et reçoit 1 171000 voix.
Par la suite, lors des élections législatives de 1999, il reçoit 1 482 000 voix. Enfin, en 1999, il participe aux élections municipales et obtient 37 municipalités.
Le HADEP put difficilement faire campagne, tant la pression policière était forte. Meetings interdits, boycott des médias auquel vint s’ajouter la fermeture de la chaîne kurde Med-TV, seul moyen d’expression des Kurdes. Alors que le HADEP réunissait, en intention de votes, environ 70% des voix dans la région kurde, la fraude généralisée dans les villes et les villages placés sous état d’urgence, ainsi que la terreur exercée contre les électeurs pour les dissuader de voter HADEP, ne lui permirent pas de dépasser le barrage des 10 % nécessaires pour qu’un parti siège à l’Assemblée
Murat Bozlak et plusieurs dirigeants du parti ont été arrêtés sous l’accusation de détenir lors d’un congrès, le drapeau et la photo du leader du PKK .
Le 13 mars 2003, le tribunal constitutionnel a interdit le parti pour accusation d’aide et de soutien logistique au PKK. Tous les dirigeants de ce parti ont reçu 5 ans d’interdiction d’être membre d’un parti politique, conformément au chapitre 69 de la constitution.
7 ans plus tard, la cours Européenne des droits de l’Homme a condamné la Turquie pour l’interdiction du HADEP et a condamné la Turquie à 26 000 euros de dédommagements.
L’interdiction du HADEP montrait que le changement des lois par rapport à l’adhésion de l’Union Européenne n’était pas pris au sérieux par l’état turc.

Le Parti démocratique du peuple DEHAP :

Après l’interdiction du HADEP le 24 octobre 1997, le Parti Démocratique du Peuple DEHAP prend la relève du DEHAP.
Mais en 2002, le tribunal constitutionnel entame une procèdure d’interdiction contre ce même parti en l’accusant de ne pas réunir les critères nécessaires pour une participation aux élections. Le Parti décide finalement de se dissoudre le 19 novembre 2005.

Le Parti pour une Société Démocratique DTP :

Le 09 novembre 2005, le parti pour une société démocratique, dont le président était Ahmet Türk, a été fondé.
Il y a eu aussitôt plusieurs procès entamés contre les activités de ce parti, et finalement la cour constitutionnelle a interdit le parti par une décision commune, en 2009, et ces deux co-présidents, Ahmet Türk et Aysel Tugluk ont été déchus de leur statut de députés.
Le DTP œuvrait lui aussi pour une société démocratique et orientait toutes ses activités politiques pour une solution démocratique à la question kurde en Turquie.
Après l’interdiction de ce parti en décembre 2009, un nouveau parti, le BDP, a repris les activités politiques de ses prédécesseurs.
La politique systématique de l’état qui visait l’interdiction des partis politiques légaux et ses activités en faveur de la démocratie et de la paix, a poussé à l’intensification de la guerre entre les forces de l’état et les partis des travailleurs du Kurdistan.
Hormis l’interdiction des partis politiques, les associations et centres culturels au nom des kurdes ont connu le même sort pendant ces nombreuses années.

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